Diabète : L'image et la discrimination

La maladie, le diabète comme d'autres affections, est un critère d'exclusion donc de discrimination. Les assurances n'en sont qu'un exemple parmi d'autres. Quelle est l'association locale qui n'a pas reçu un jeune qui s'est vu refuser du travail parce qu'il est diabétique, une personne plus âgée qui perd son travail parce qu'il devient diabétique. Les métiers interdits restent encore nombreux et souvent sans raison claire. On interdit au diabétique d'être couvreur ou pompier alors que l'alcool est un facteur beaucoup plus dangereux et que plusieurs témoignages peuvent montrer que le policier ou le pompier diabétique est tout aussi compétent que le non diabétique. L'image désastreuse du diabète doit être changée. Toutes les actions qui vont dans ce sens sont bonnes. A mon avis, le jeune qui cherche un emploi a plus d'intérêt pour le moment à être discret sur sa maladie. En France, ministre, chef d'entreprise et autres célébrités cachent encore cette maladie considérée comme une tare. Elle briserait leur carrière. Il y a donc du chemin à faire et le combat est loin d'être fini. Sans parler de ces métiers plus à risques, l'employeur qui aura une embauche à réaliser, tend à refuser le diabétique, non pas qu'il possède des éléments objectifs pour ce choix, mais c'est son inconscient et sa méconnaissance de la maladie qui entraine ce type de décision arbitraire. De la même manière que certains rejettent les couleurs de peau ou les religions différentes, ce qui est condamné par la loi, d'autres ou les mêmes rejettent ceux qui sont porteurs d'une maladie, actes pas toujours aussi explicitement rejetés par la loi. L'action des associations de diabétiques pour lever cette discrimination est déterminante pour faire évoluer les lois comme les esprits. Nos associations doivent continuer cette lutte permanente pour l'intégration de tous dans la société. Une maladie, comme le diabète ne doit pas et ne peut pas être un critère d'exclusion. Il faudra peut être pour cela prouver que l'on a moins d'absentéisme au travail et que l'on a un meilleur suivi que beaucoup d'autres, mais, dans notre intérêt, cela fait partie du combat à mener. Minoritaires nous le sommes par le diabète, mais les minorités doivent se faire entendre pour faire respecter leurs droits.

Avec le diabète pas plus d'accident sinon moins

Pas plus d'accidents pour les chauffeurs de poids lourds insulinotraités En France, les chauffeurs de poids lourds et de transports en commun perdent leur permis s'ils sont traités par l'insuline. Aucune preuve du risque supplémentaire n'a jamais été apportée, mais le malaise hypoglycémique est l'argument utilisé par nombre de spécialistes pour justifier cette interdiction. Aux Etats Unis, ces permis sont accordés à l'intérieur de chaque état, et une étude a été réalisée par l'administration des autoroutes de l'Orégon. Elle a comparé le taux d'accidents pour les chauffeurs insulinotraités et les chauffeurs non diabétiques. Le résultat a montré que le taux d'accidents est plus bas pour les chauffeurs diabétiques insulinotraités que pour l'ensemble des chauffeurs. (Federal Highway Administration : qualifications of drivers, waivers, diabetes, Federal register, 58(144) 40690-40697) July 93. Dans la province du Québec, les insulino traités ont le droit de conduire des poids lourds (1141 diabétiques dont 245 traités par l'insuline) ont obtenus leur permis. Si pour les diabétiques non traités par l'insuline, le taux d'accidents était légèrement plus élevé mais pas de manière significative, pour les diabétiques traités par insuline il n'y a aucune différence (Dionne et all, medical conditions, risk exposure, and truck drivers accidents : an analysis with count data regression models. Accident analysis and prevention 27 : 295-305, 1995. Lors d'une récente revue sur ce problème Thomas Songer, soulignait qu'aucun élément ne permet, dans les différentes études publiées, de justifier le retrait du permis de conduire des poids lourds. La législation restrictive actuellement en place, devrait franchement évoluer et tenir compte des faits. De notre côté comme diabétiques nous devons exiger un diabète bien suivi et bien équilibré pour lever les interdictions, comme l'a fait le congrès américain qui autorise le passage du brevet de pilote d'avion privé si le diabète est bien suivi et bien équilibré.

Les diabétiques ont moins d'accidents que les autres

Pour l'instant le plus grand flou existait à ce sujet, peu d'enquêtes scientifiques sérieuses avaient pu apporter une réponse à cette question sensible. Les assurances, les employeurs, tous les décideurs penchaient vers l'écoute de la "rumeur " qui laissait entendre que le diabétique avec le risque de malaises hypoglycémiques, avec les complications, etc... avait beaucoup plus de risques que les autres. Hors une récente étude menée au Danemark, publié par Diabetes Care (Diabetes and accident insurance, Bent Mathiesen et coll, november 1997, p 1781-1784 ) montre que non seulement les diabétiques traités par l'insuline n'avaient pas plus d'accidents que le reste de la population, mais plutôt moins. Les surprimes ou les exclusions en vigueur dans ce pays et dans nombre d'autres n'ont plus aucune raison d'exister.

Accidents de la route et hypoglycémies

TF Veneman, département de médecine interne de l'Hôpital d'Utrecht aux Pays Bas, a publié en Janvier 96 (Neth J Med, 1996 Jan, 48:1, 24-8) une étude sur le lien entre les accidents de la route et les hypoglycémies. Dans les accidents de la route où les diabétiques traités par insuline sont impliqués seuls 5 % sont attribués à un taux de sucre sanguin inférieur à 80 mg/dl. Une récente étude a montré qu' à des niveaux glycémiques de l'ordre de 60 mg/dl la performance des conducteurs est diminuée significativement, sans que les sujets soit conscient de cette hypoglycémie. La majorité des sujets n'avaient pas conscience de cet état de fait. Avec une bonne éducation et une bonne maîtrise des niveaux de glucose sanguin (le test avant de prendre le volant) les auteurs indiquent que le risque d'hypoglycémie inaperçue est très limité. Il est donc vivement conseillé de réaliser un test le plus souvent possible avant de prendre le volant. Une autre étude, effectuée au Québec, avait montré que les diabétiques insulinodépendants, même si les hypoglycémies étaient un facteur de risque, n'avaient pas plus d'accidents de voiture que les autres conducteurs. Les auteurs avaient proposé l'hypothèse d'une meilleure formation à la prévention aux risques.

L'assurance souvent injuste pour les diabétiques

L'assurance pour la vie et contre les accidents est une manière de protéger un individu et sa famille d'un désastre économique provoqué par un événement inattendu par exemple lorsqu'il a effectué un emprunt à la banque, pour acheter sa maison par exemple. Dans la plupart des pays européens, les diabétiques ne peuvent pas ou ont des difficultés à obtenir une telle assurance sans payer des surprimes injustifiées. (Il reste vrai que grâce à l'action de l'Association Française des Diabétiques, ces surprimes peuvent être évitées sous certaines conditions en France). L'étude publiée a consisté à suivre durant 3 années, près de 7 600 diabétiques, dont plus de 80 % étaient traités par l'insuline, assurés dans la même compagnie et à les comparer aux non diabétiques. Le dénombrement des sinistres déclarés et enregistrés, leur gravité permettaient d'apporter des conclusions intéressantes. Bien entendu, l'étude tenait compte de l'âge, du sexe, du type de traitement, de la cause de l'accident, du degré de handicap observé après l'accident. Tous les accidents étaient comptabilisés, de la chute du toit à l'accident de voiture en passant par l'accident au football ou au ski. Moins d'accidents pour les diabétiques que pour les autres En comparant avec le groupe de non diabétiques, les auteurs s'attendaient à observer 102 accidents déclarés chez les diabétiques. Ils n'en ont observé que 16 c'est à dire plus de 6 fois moins. Pour le degré d'incapacité après l'accident, point important, les observateurs ne notaient aucune différence entre les deux groupes. Dans les modes de calculs utilisés par les assurances, les résultats étaient les suivants: 0, 71 accident pour 1000 années pour les diabétiques (7 599) 4,5 accidents pour 1000 années pour les non diabétiques du groupe 1 (62 876) 5,5 accidents pour 1000 années pour les non diabétiques du groupe 2 ,employés d'une entreprise (13 564) Même si l'âge moyen est de 43,6 pour le groupe de diabétiques, et de 38,1 pour le groupe témoin numéro 1, les corrections dues à l'âge comme celles dues au sexe n'apportent de changements importants dans les résultats. Les diabétiques seraient plus prudents.

Diabetes, mai 2010

Avec de faible revenus, la mortalité avec un diabète apparu jeune reste importante

Un total de 1098 adultes âgés en moyenne de 49ans, atteints d'un diabète diagnostiqué avant l'âge de 30 ans est comparé avec 49 914 non diabétiques recrutés dans des centres de santé communautaires. Les personnes diabétiques ont été classés par l'insulinothérapie au départ: le groupe A, l'insulinothérapie seule, le groupe B, l'insulinothérapie et un agent hypoglycémiant oral, et le groupe C, pas d'insulinothérapie. Au cours du suivi (moyenne 3,9 ans), 15,0, 12,5 et 7,3% des groupes A, B et C, respectivement, et 4,6% sans diabète sont décédés. Une des principales causes de décès était une insuffisance rénale dans le groupe A, une complication cardiaque dans le groupe B, dans le groupe C et chez les personnes non diabétiques. La mortalité en excès persiste chez les personnes jeunes avec un diabète de longue durée.

Diabetes Care published 11 January 2012

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