L'hypoglycémie sévère, quel moyen de la prévenir ?

Avec la recherche de la normoglycémie, un des risques essentiels du traitement du diabète est devenu l'hypoglycémie sévère qui demande l'aide d'un tiers pour son traitement. B.P. Kovatchev et ses collaborateurs publie dans Diabetes Care (Novembre 98, page 1870) une étude indiquant l'intérêt d'un paramètre calculé à partir de lecteurs à mémoire estimant le niveau de glycémies basses. Les résultats ne sont pas surprenants : le risque d'hypoglycémies sévères est lié à une moyenne glycémique basse et une expérience de tels épisodes. Par contre l'hémoglobine glyquée, la durée du diabète et les variations de la glycémie ne sont pas prédictifs. Dans un autre article publié par la revue européenne Diabetologia (nov.98, p 1274-1282), l'équipe de M.Berger (Dusseldorf) montre après une enquête sur 684 diabétiques insulinodépendants, qu'il existe 4 facteurs de risque pour l'hypoglycémie sévère : · plus de sécrétion résiduelle d'insuline (mesurée par le peptide C), · des précédents d'hypoglycémies sévères, · la motivation de la personne pour atteindre la normoglycémie, · et une classe sociale défavorisée.

Cerveau et hypoglycémie : Le cerveau signale les anomalies survenant lors d'une hypoglycémie et lors d'un diabète. Les deux sont importants dans la compréhension des mécanismes de récupération d'un malaise hypoglycémique. Un récent article (Diabetes Care, vol 20, N°8 - Page 1293 Preservation of Physiological Responses to Hypoglycemia 2 Days After Antecedent Hypoglycemia in Patients With IDDM) décrit un travail effectué sur 8 patients diabétiques. L'effet sur l'organisme de 2 heures d'hypoglycémie expérimentale à 2 reprises durant 2 jours chez ces diabétiques a été analysé avec précision. Les auteurs observaient par leurs résultats que les effets d'une précédente hypoglycémie peuvent être de plus courte durée chez les diabétiques de type 1 que dans la population non diabétique. Les études effectuées sont souvent difficiles à comparer, en partie parce que les différences dans la durée, la sévérité des malaises sont difficiles à connaître. Le temps précis nécessaire au cerveau pour signaler un défaut dû au diabète ou au malaise reste mal défini. La durée des effets d'un petit malaise, le temps nécessaire au cerveau pour retrouver ses capacités, l'impact d'un malaise important restent des facteurs importants. Pour comprendre les défauts dans les signes d'avertissement de l'hypo, il faudra encore de nombreuses recherches. Des comparaisons entre les études chez l'homme et chez l'animal seront nécessaires pour déterminer comme le milieu diabétique modifie les réponses.

Hypoglycémie grave non traitée

Un diabétique peut ne pas se rend pas compte du malaise, ne pas reconnaître pour une raison ou pour une autre les signes d'avertissement. Dans ce cas, s'il vit seul, s'il est isolé, il peut rentrer dans un coma hypoglycémique prolongé sans aide immédiate. Il n'est pas question de dire qu'il n'y a aucun danger, que le diabétique peut rester 3 ou 4 heures en hypoglycémie sans manger. Cependant, dans leurs observations, les spécialistes rappellent qu'il n'y a pas d'exemple connu de diabétique qui ne s'est pas réveillé à cause d'une hypoglycémie grave. Lors d'une hypoglycémie, si on prend 15 grammes de sucre, la glycémie revient à la normale en 15 minutes. Si on ne se soigne pas, la glycémie va remonter toute seule en une demi-heure, peut être une heure ou plus, mais cela va se guérir tout seul. Il n'est pas question de dire "puisque cela se guérit tout seul, ce n'est pas la peine de s'en occuper", mais il ne faut pas avoir l'angoisse de croire que l'on va mourir par ce que l'on est en hypoglycémie et que personne ne vient à notre secours.

Malgré ces commentaires, le malaise dans cette situation reste angoissant. Pour les personnes seules, certains moyens peuvent éviter de rester en hypoglycémie pendant plusieurs heures. Par exemple, les connivences de voisinage, ou avec les collègues de travail, peuvent résoudre les incidents si on n'a pas donné "signe de vie".

Les hypoglycémies sévères ne seraient pas responsables de l’excès de mortalité au cours de l´étude Accord

L´étude ACCORD dont Equilibre vous a parlé avait été interrompue du fait d´une augmentation très relative de la mortalité dans le groupe « traitement intensif » qui avait pour objectif un contrôle très strict de la glycémie. L’hypothèse de l’hypoglycémie sévère comme responsable de cette augmentation avait été soulevée. Parmi les participants qui ont eu au moins un épisode d´hypoglycémie sévère, le risque de décès est inférieur dans le groupe « traitement intensif » en comparaison du groupe « traitement standard ». Ce n´est donc probablement pas du côté des hypoglycémies sévères qu´il faut rechercher l´excès de mortalité trouvé dans le groupe « traitement intensif » en comparaison du groupe « traitement standard » de l´étude ACCORD, en tout cas jusqu´au moment où cette étude a été interrompue. Cette donnée illustre la grande complexité des études et de la prudence nécessaire lors de leur interprétation, ce que nos experts avaient bien décrit dans le communiqué AFD publié dans Equilibre.

British Medical Journal, 8 janvier 2010