Par quels mécanismes l'exercice physique permet-il de prévenir le DNID?

Il faut se rappeler que le DNID est dû à deux anomalies associées : un défaut de sensibilité des tissus (foie et muscles), à l'insuline (c'est "l'insulinorésistance") et un défaut de la sécrétion d'insuline. On ne sait pas encore avec certitude laquelle de ces deux anomalies précède l'autre, mais il est certain que la résistance à l'insuline est extrêmement précoce et joue un rôle essentiel. Dans les phases très précoces de la maladie, les taux sanguins d'insuline sont supérieurs à la normale, et il a été démontré que ce taux d'insuline à jeun, est inversement corrélé au niveau d'activité physique. On sait par ailleurs, par de très nombreux travaux expérimentaux et cliniques, que l'exercice physique améliore la sensibilité à l'insuline : que ce soit chez l'animal de laboratoire, dans les préparations in vitro, ou chez l'homme diabétique ou non diabétique. Cet effet "anti-insulinorésistance" passe par des mécanismes cellulaires (le transporteur du glucose GLUT 4) et enzymatiques (la synthèse du glycogène entre autres) qui commencent à être mieux connus. En ce qui concerne le DNID, on sait que l'effet bénéfique de l'exercice physique s'observe surtout au tout début de la maladie, alors que l'insulinorésistance est prédominante, et que la sécrétion d'insuline est peu altérée; à un stade plus évolué (quand la glycémie à jeun dépasse 1,50 - 1,60 g/1) l'exercice physique perd une partie de son efficacité. Un autre mécanisme semble jouer un rôle important, c'est l'effet de l'exercice physique sur la graisse intra-abdominale (péri-viscérale). On doit rappeler ici le lien fort existant entre le DNID et l'obésité dite "androide", c'est à dire prédominant sur le tronc et l'abdomen (dans ce cas, le rapport taille/hanche est élevé, contrairement à ce qui est constaté dans l'obésité "gynoïde" prédominant aux fesses et aux hanches). Dans ce type d'obésité, des dépôts graisseux caractéristiques sont observés autour des viscères abdominaux; le métabolisme de ce tissu adipeux est en partie responsable d'une insulinorésistance hépatique,et joue ainsi un rôle direct dans la survenue du DNID (et des troubles lipidiques souvent associés). Or, il a été démontré que l'exercice physique est capable de réduire ce tissu adipeux, beaucoup plus que la graisse sous-cutanée. Dans plusieurs travaux expérimentaux ou cliniques, l'effet de prévention de l'exercice physique sur le diabète est corrélé à la quantité de graisse péri-viscérae. Un exemple frappant de cette situation est celui des combattants japonais sumos, qui sont physiquement très actifs, mais dont la très forte surcharge graisseuse est principalement sous-cutanée, et chez qui la fréquence du diabète et des affections cardiovasculaires est très faible. Tous ces exemples illustrent un autre aspect important de l'effet préventif de l'activité physique : celui-ci ne porte pas seulement sur l'insulinorésistance et le diabète; il s'exerce aussi sur les troubles lipidiques (abaissement des triglycérides, du LDL cholestérol, augmentation du HDL cholestérol) et sur l'HTA (aussi bien modérée que sévère) ; autrement dit, sur les autres facteurs de risque cardiovasculaire associés au DNID, et qui font toute la gravité de la situation. Par ses effets multiples et complémentaires, l'exercice physique apparaît comme un moyen de protection particulièrement complet et adapté.

Mais comment en pratique peut-il et doit-il être appliqué

Le niveau d'activité physique généralement préconisé pour avoir un effet thérapeutique sur le diabète répond aux conditions suivantes: fréquence supérieure ou égale à trois fois par semaine, durée de 30 à 45 minutes minimum, intensité non négligeable, évaluée à 60 % de la capacité maximale (V02 max). Pour ce qui est des effets préventifs à long terme, la relation semble linéaire entre la quantité d'activité physique et le risque de survenue du diabète. On serait tenté de dire que plus l'activité physique est importante, plus on peut espérer un effet de prévention; les travaux disponibles manquent en fait de précision, mais il est évidemment difficile d'évaluer par questionnaire la dépense énergétique dans son ensemble, incluant l'activité sportive, mais aussi professionnelle, ou simplement quotidienne (la marche, la montée des escaliers...). La recommandation serait donc d'être le plus actif possible, le plus longtemps possible dans son existence, dès l'enfance et l'adolescence. Ces conseils naturellement s'adressent à tous ; l'augmentation rapide et régulière de l'incidence du DNID dans nos sociétés n'est sans doute pas étrangère à la réduction de la dépense physique et la sédentarisation. Mais il faut insister sur le fait que les individus qui bénéficieront le plus de ces bonnes habitudes sont ceux et celles qui sont plus "à risque" de diabète: les personnes obèses (principalement androïdes), hypertendues souffrant de troubles lipidiques, ayant dans leur parenté un, ou plus, cas de diabète, et les femmes ayant eu des enfants dont le poids de naissance dépasse 4000g ou ayant présenté un diabète au cours d'une grossesse.