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Diabète et discrimination

Le diabète lié à l’argent

Une étude menée au Canada indique que le diabète de type 2 est plus susceptible d'être développées par les femmes à faible revenu que leurs consoeurs plus riches. Les femmes vivant dans les groupes à faible revenu sont plus susceptibles d'être obèses, gros fumeurs, et d’avoir une mauvaise alimentation. L'inactivité et le stress peuvent aussi jouer un rôle. Sur les 12 333 personnes interrogées de 18 ans et plus, environ 7% ont développé un diabète. L'étude a été réalisée entre 1994 et 2008. C'est un nombre assez étonnant et l’auteur de l’étude affirme que l'accès aux soins dentaires et des soins médicaux varie considérablement entre les classes socio-économiques. Le président de l'Association canadienne du Diabète dit que les principales conclusions du rapport confirment le facteur de risque accru de diabète chez les personnes peu scolarisées et à faible revenu. Il souhaite aidera à développer de nouvelles stratégies pour s'attaquer au problème du diabète.

Canadian Diabetes Association, 18 Aout 2010

Suivi du diabète dans 17 pays en voie de développement

Une enquête sur 5 ans concernant le traitement du diabète, avec pour objectif une hémoglobine A1c inférieure à 7 % , une pression artérielle de moins de 130/80, un mauvais cholestérol (LDL) inférieur à 1 g/l, a été effectuée chez près de 12 000 patients (type 1 et type 2) dans 17 pays en voie de développement d’Europe de l´Est, d’Asie, d’Amérique Latine et d’Afrique. Le recrutement effectué auprès d’un panel de médecins assez large, tendait à favoriser les patients assez bien suivis. Cependant seuls 7,5 % des diabétiques de type 1 et 3,6 % des diabétiques de type 2 atteignent les 3 objectifs recommandés (et une hémoglobine glyquée de moins de 7%). Pour un bon suivi du diabète, les résultats confirment l’importance du rôle essentiel du patient avec la force de l’autosurveillance glycémique et d’un système de santé adéquat et accessible pour atteindre cet objectif.

Diabetes Care, Février 2009

Diabète : le mode de vie réduit les médicaments et le coût du traitement

5 145 de personnes de 45 à 76 ans avec un diabète de type 2 ont été affectés de manière aléatoire soit à une intervention intensive sur le mode de vie (diminution de l'apport calorique, activité physique accrue, éducation) ou à une information généraliste. Le coût médicamenteux contre le diabète, l'hypertension et l'hyperlipidémie ont été comparés sur 1 an. Il a diminué de 10% dans le groupe avec une intervention sur le mode de vie et a augmenté de 10% dans le groupe avec une intervention généraliste. Les différences étaient les plus grandes pour les médicaments antidiabétiques. En outre, les bénéfices thérapeutiques étaient bien meilleurs. Si à court terme, l'étude montre que l'intervention sur le mode de vie peut réduire les coûts, cette réduction semble motiver des patients pour apporter des modifications de style de vie, avec les buts à long terme d'une meilleure santé et qualité de vie.

Diabetes Care, juin 2010

Mauvaise perception du diabète

En dépit de le grand nombre de caisses de diabète diagnostiquées aux Etats-Unis, beaucoup d'Américains manquent toujours des connaissances de base au sujet de la maladie. Moins de 50% des personnes diagnostiquées savent que le diabète est un facteur de risque majeur pour la maladie cardiaque, la principale cause de décès aux États-Unis. Lors d’une enquête, l'association américaine du diabète a demandé de classer la maladie(diabète, cancer du sein ou SIDA) qui était responsable du plus grand nombre de décès annuellement. Moins de la moitié a choisi le diabète. Aux Etats-Unis, comme dans les pays européens, le diabète prend chaque année, plus de vies que le cancer du sein et le SIDA combinés. Une combinaison de facteurs comprenant le démenti de la maladie, son image, l'information médiatique ou des mythes imprécis entourent le diabète et le range dans une maladie secondaire. « Des patients sont considérés comme en bonne forme, alors qu’en réalité ils sont en danger. » précise un des auteurs de l’étude American Diabetes Association.

Femmes et diabète en Inde : le vécu de la discrimination

Sharad Pendsay est médecin à l’hôpital de Nagpur une ville de près de 2 millions d’habitants dans la région de Bombay. Diabétologue confronté à une dure réalité sociale et culturelle, il a publié récemment un article dans ‘Diabetes Voice’ la revue de la Fédération Internationale du Diabète sur la situation à laquelle il est confronté. Le premier des droits de l’homme (thème de la journée mondiale du diabète 1998) est le droit à la vie quel que soit son sexe, sa race ou sa religion. La réalité est quelquefois éloignée.

Kalpana est une petite fille de 5 ans. Elle a été diagnostiquée avec un diabète insulino dépendant à l’âge de 2 ans. Régulièrement, elle venait à l’hôpital de Nagpur avec ses parents pour son suivi. Un jour elle a été amenée à l’hôpital dans le coma en état de choc avec une sévère acidocétose. Elle avait utilisé toutes les forces qu’il lui restait pour venir. Ses parents ne voulaient plus ou ne pouvaient plus lui acheter de l’insuline. Ils s’étaient retournés vers la médecine traditionnelle qui n’avait bien sûr pas donner de réponse adéquate. Kalpana est morte.

Sharad Pendsey précise clairement : " J’étais désespéré et furieux. En regardant le regard pathétique de sa mère j’ai compris l’amère vérité et accepté ma défaite. Kalpana venait au pique nique annuel que nous organisons pour les jeunes diabétiques de type 1. Elle avait fait d’énormes progrès, elle était joyeuse et j’avais toujours beaucoup de plaisir à la voir. Elle ne viendrait plus à notre pique nique."

Sudha avait 8 ans lorsque son diabète a été diagnostiqué. Lorsqu’elle est sortie de l’hôpital, Sharad Pensay précise : " J’ai informé ses parents sur le traitement de la maladie et l’importance d l’insuline pour sa survie. La petite Sudha et ses parents étaient très attentifs à ce que je disais. Finalement son père m’a demandé : " Docteur, si j’ai bien compris, Shuda doit prendre de l’insuline chaque jour toute sa vie ". J’ai approuvé. " Qu’arrivera-t-il si elle n’en prend plus ? ". Elle entrera dans le coma, et si rien n’est fait, elle mourra. ". Il hocha calmement de la tête. J’étais satisfait que les parents avaient bien compris l’importance du traitement pour Sudha. Un mois plus tard j’ai appris que Sudha était morte. Son père avait volontairement choisi de ne pas lui donner de l’insuline. La logique de la pauvreté écrase la logique de la vie."

Kalpana et Sudha ne sont pas seules

En réfléchissant un peu, on ne peut que se douter que ces cas se reproduisent dans nombre de pays. Si quelquefois les garçons et les filles subissent la même loi de l’argent maître et ne peuvent pas obtenir les quelques pièces pour s’acheter de l’insuline, dans beaucoup de pays les filles subissent encore plus lourdement cette oppression.

En Inde le contexte social, culturel et économique amplifie la discrimination vis à vis des femmes et des filles. Pour une famille pauvre consacrer le quart de ses revenus pour les soins médicaux du diabète d’une fille apparaît inconcevable. Une famille pauvre tend à trouver des moyens moins coûteux qui le plus souvent amènent à la mort. Un autre problème lié à celui-ci est le futur mariage de ces filles diabétiques. Toujours organisés par les familles, le mariage d’une fille diabétique apparaît impossible. Souvent certains ont tenté de cacher le diabète mais avec les conséquences que l’on suppose.

Avec quelques amis diabétiques et des bénévoles, Sharad Pensay a mis en place une association pour aider ces enfants à ne pas mourir et à s’intégrer socialement. Ils s’occupent actuellement de 58 enfants et ont permis 8 mariages en expliquant que le diabète n’était pas un obstacle. Il rappelle : " Le principal objectif est d’aider les femmes de familles pauvres à devenir financièrement indépendantes. Heureusement la fréquence du diabète insulinodépendant en Inde est assez faible. Dans le contexte social, culturel et économique de l’Inde, avoir un enfant avec le diabète est un stigma très difficile à assumer pour les familles pauvres. Nous devons éduquer, informer, et combattre les fausses idées. La lutte sera dure et le chemin sera long "

Diabète : il est temps que la loi rattrape la vie

Dans la plupart des pays industrialisés, la prise en charge du diabète permet à la grande majorité des personnes concernées de maîtriser leur maladie. Si on doit reconnaître qu'il y a quelques dizaines d'années les techniques de surveillance étaient moins développées, maintenant ce n'est plus le cas. Les diabétiques, plus particulièrement les membres des associations comme c'est le cas dans l'étude sur les accidents des personnes diabétiques, apparaissent parfaitement maîtres de leur maladie et des conséquences du traitement. Plusieurs actions et résultats, qui apparaissent encore trop isolés, vont dans le bon sens. Aux Etats Unis, en novembre 1996, le congrès a accepté que les diabétiques traités par insuline aient le droit de passer le brevet de pilote d'avion privé et d'en piloter, à la suite d'une action menée par l'Association Américaine du diabète. Ce brevet est attribué à la seule condition que le diabétique soit reconnu comme bien formé et avec un diabète bien équilibré. Il en est de même dans certains états ou les chauffeurs de poids lourds et de transport en commun ont le droit de conserver leur permis (appelé permis commercial), sous la réserve d'un bon équilibre, une attribution non pas systématique mais au cas par cas. Le département d'état chargé des transports applique ce même principe du cas par cas ce qui donne un critère de sécurité. L'hypoglycémie est souvent montrée du doigt comme risque potentiel pourtant plusieurs indicateurs montrent qu'il n'en est rien et reprenons une citation de Thomas Songer, éminent spécialiste en 1989: "L'hypoglycémie, en dépit de toutes les discussions, reste seulement une infime partie du puzzle des causes d'accidents. Beaucoup de facteurs sont beaucoup plus importants et ont été mis en relation avec les accidents de camions et de voiture. Ces facteurs incluent l'âge, le sexe, l'alcool, véhicules, les mauvaises routes et l'inexpérience." L'étude dont nous venons de parler le prouve, ainsi que d'autres enquêtes. La haute autorité fédérale des autoroutes (Federal Highway Administration) a étudié en 1993, la sécurité des conducteurs commerciaux avec un diabète insulinotraité. En 1996, elle a publié les résultats et concluait en précisant : "Les résultats prouvent que les capacités de conduite des conducteurs insulinotraités étaient et continuent à être meilleures que les capacités de conduite de l'ensemble des conducteurs commerciaux." Le taux d'accident des conducteurs diabétiques était de 0,783 et celui de l'ensemble des conducteurs commerciaux de 0,911. Le taux d'accidents de la route impliquant des conducteurs diabétiques étaient plus bas que le taux national et aucun des accidents observés pour les diabétiques impliquait le diabète. Michael Mawby souligne également que plus le diabète sera bien équilibré et bien surveillé, plus les personnes diabétiques seront motivés et de ce fait seront prudentes.

Publié à l'occasion de la Journée mondiale du diabète le 14 Novembre 98, dont le thème était "Diabète et Droits de l’homme"

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